Les vagues de chaleurs potentiellement meurtrières risquent de toucher les trois-quarts de la population mondiale d'ici 2100. Heureusement, on peut lutter contre. Le réchauffement climatique tue la planète, mais aussi les hommes. Alors que la canicule frappe la France, une nouvelle étude scientifique sur les vagues de chaleur, particulièrement alarmante, vient d'être publiée dans la revue Nature. Selon les chercheurs, 30% de la population mondiale est déjà exposée à des vagues de chaleur potentiellement meurtrières à un moment dans l'année. 50% sera touchée d'ici 2100, même si la hausse mondiale est limitée à 2°C, soit l'objectif de l'accord de Paris sur le climat. Et si les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter à leur rythme actuel -hypothèse plausible depuis le coup de force de Donald Trump sur le traité de Paris-, ce taux grimpera à 75%. Heureusement, des solutions existent. Contrôler le réchauffement climatique, bien sûr, mais aussi, plus simplement, l'hydratation et la ventilation. Mais au fait, comment une vague de chaleur tue-t-elle? Que se passe-t-il dans le corps humain et comme peut-on s'en prémunir? L'Express a interrogé deux spécialistes, Mathieu Mortz, doctorant en thermorégulation au LEHNA Lyon I et Anne Lombès, médecin spécialiste du métabolisme. À partir de quel moment parle-t-on de "vague de chaleur meurtrière"? Mathieu Mortz. Ça va être très différent en fonction des êtres humains, de la corpulence, de l'âge. Mais il y a des seuils de températures à partir desquels les plus faibles sont affectés [ces seuils sont détaillés dans l'étude parue lundi 19 juin, et commencent à partir d'un taux d'humidité à 100% et une température de 30°C]. C'est à partir de ce moment que les organismes n'arrivent plus à se débarrasser du surplus de chaleur. Comment la chaleur tue-t-elle? Quels mécanismes se mettent en oeuvre? Anne Lombès. L'homme se déshydrate à cause de la chaleur. C'est particulièrement inquiétant pour les personnes les plus faibles, comme les personnes âgées, qui ne se rendent pas forcément compte de leur déshydratation. Pourquoi? Pour résumer, c'est parce que quand on vieillit, tout fonctionne moins bien dans le corps. Les cellules du cerveau qui sont censées dire 'Il faut boire' sont moins efficaces. Celles du corps qui déclenchent la transpiration le font moins bien. Pareil pour les reins. C'est un cercle vicieux. Et au final, le corps ne se rend pas compte qu'il doit s'auto réguler. M.M.: Nous [les Hommes] sommes des organismes endothermes. Pour fonctionner de manière optimale, nous avons besoin d'une température idéale, 37°C en l'occurrence. Conséquence: notre organisme s'auto régule en fonction de la température extérieure, à laquelle nous sommes extrêmement dépendants. Regardez ce qu'il se passe quand on a de la fièvre, on ne fonctionne plus bien. Quand la température interne augmente, l'organisme va diminuer sa dépense énergétique, elle-même productrice de chaleur. Mais à partir d'un certain seuil critique, il ne va plus pouvoir le faire. À ce moment-là, le métabolisme énergétique s'emballe et les cellules vont au contraire augmenter leurs dépenses. C'est là que les dégâts commencent car l'organisme ne peut plus lutter. Et si notre corps n'arrive plus à revenir à la bonne température, cela nous tue. C'est comparable au processus qui est en oeuvre que lorsqu'on a trop de fièvre: le corps s'emballe, la chaleur ne peut plus être régulée naturellement, etc. Comment s'en prémunir? A.L. Avec du bon sens: boire de l'eau, se mettre au frais, ou aller au cinéma 24h sur 24 (rires). M.M. À l'échelle de l'organisme entier, l'excès de chaleur est principalement évacué par la transpiration. Ce surplus d'énergie est utilisé pour permettre l'évaporation de l'eau au niveau des glandes sudoripares, permettant ainsi d'abaisser la température corporelle. Cette évaporation s'effectue plus difficilement dans les milieux très humides, ce qui explique pourquoi la sensation de chaleur est plus forte pour une même température dans les milieux tropicaux [ce qui est expliqué dans l'étude parue lundi]. Quand on a trop chaud, on se met aussi à économiser ses mouvements consciemment et inconsciemment: on se déplace plus lentement, etc. Chez les animaux, on peut aussi noter des mécanismes instinctifs: ils se mettent en boule quand il fait froid pour diminuer la surface à travers laquelle la chaleur s'évacue. Et à l'inverse, ils s'étendent quand il fait chaud, pour augmenter la surface corporelle et donc les pertes de chaleur. A.L. "Les vagues de chaleur vont très probablement tuer de plus en plus de personnes, notamment parce qu'il y a de plus en plus de citadins. Or, en ville, la pierre et le béton, omniprésents, absorbent la chaleur et la relâchent la nuit. La température est donc élevée toute la journée et ne redescend pas autant qu'elle le devrait la nuit. Les corps n'ont pas le temps de s'en remettre. C'est ce qui fait que le premier jour, ça va, mais que les jours suivants sont de plus en plus durs."