Dans un rapport publié en juillet, l'ONG internationale des droits de l'Homme fournit les détails de ces exécutions commises parfois avec l'aide des autorités locales. «Des militaires ont arrêté arbitrairement et abattu la plupart des victimes, dans ce qui semble être une stratégie officiellement approuvée d’exécuter les voleurs, trafiquants et autres petits délinquants suspectés au lieu de les traduire en justice», lit-on dans ce document intitulé «“Tous les voleurs doivent être tués” : Exécutions extrajudiciaires dans l’ouest du Rwanda». La plupart de ces meurtres, qui ont eu lieu à l'ouest du pays, constituent, selon l'ONG, «une violation flagrante de la loi rwandaise et du droit international des droits de l'Homme.» Pour HRW, ces exécutions extrajudiciaires sont loin d'être isolées. Elles font partie d'une stratégie officielle du gouvernement visant à répandre la peur, faire respecter l’ordre et dissuader de toute résistance aux ordres ou aux politiques du gouvernement. À deux semaines de la présidentielle prévue le 4 août, le président Paul Kagame, au pouvoir depuis 2003, se présente face à deux opposants qui se plaignent d'avoir reçu des menaces et des intimidations depuis l’annonce de leur candidature. Alors que le chef de l'État rwandais est censé transformer ce pays d'Afrique centrale, qui a connu un génocide de plus 800 000 morts en 1994, l'opposition est muselée et les critiques à l'égard du pouvoir conduisent le plus souvent à des détentions arbitraires ou à des disparitions forcées. À peine le rapport rendu public que le ministre de la Justice rwandaise Busingye Johnston s'est empressé de nier son contenu. Toutefois le 5 juillet, confie l'ONG, un responsable local avait reconnu que des personnes avaient été abattues pour «question de sécurité» en tentant de traverser la frontière depuis la RDC. Dans la plupart des cas documentés par Human Rights Watch, les autorités militaires et civiles locales avaient expliqué aux populations que les personnes suspectées des délits avaient été tuées et que tous les autres voleurs et autres criminels de la région seraient aussi arrêtés et exécutés. Des familles ont été menacées en tentant de récupérer les corps de leurs proches. D'autres ont quitté leurs villages par peur de représailles ou d'être prises pour cible. «Le gouvernement rwandais devrait veiller à mettre fin immédiatement aux exécutions sommaires de criminels suspectés par les forces de sécurité et se concentrer sur les enquêtes et les poursuites à l’encontre des responsables des crimes en ne permettant aucune tentative de dissimulation», indique HRW. L'ONG invite par ailleurs les autorités judiciaires, militaires et policières à faire des déclarations publiques claires pour interdire les intimidations et autres menaces à l'égard des familles des victimes.