Même des animaux aussi rudes que les rats, qui se battent continuellement dans nos caves, sont assez intelligents pour ne pas se quereller en pillant nos provisions, mais pour s'aider les uns les autres dans leurs expéditions et leurs migrations, et même pour nourrir leurs infirmes. Quant aux rats-castors ou aux rats musqués du Canada, ils sont extrêmement sociables. Audubon ne pouvait qu'admirer «leurs communautés pacifiques, qui ne demandent qu'à être laissées en paix pour jouir du bonheur». Comme tous les animaux sociables, ils sont vifs et enjoués, ils se combinent facilement avec d'autres espèces, et ils ont atteint un très haut degré de développement intellectuel. Dans leurs villages, toujours disposés sur les rives des lacs et des rivières, ils prennent en compte l'évolution du niveau de l'eau; leurs maisons en forme de dôme, qui sont construites en argile battue entrelacées de roseaux, ont des coins séparés pour les déchets organiques, et leurs salles sont bien tapissées en hiver; ils sont chauds et néanmoins bien ventilés. Quant aux castors, qui sont dotés, comme on le sait, d'un caractère très sympathique, leurs étonnants barrages et villages, dans lesquels des générations vivent et meurent sans connaître d'autres ennemis que la loutre et l'homme, illustrent merveilleusement ce que l'entraide peut accomplir. la sécurité de l'espèce, le développement des habitudes sociales et l'évolution de l'intelligence, qu'ils connaissent de tous ceux qui s'intéressent à la vie animale. Laissez-moi seulement remarquer qu'avec les castors, les rats musqués et quelques autres rongeurs, nous trouvons déjà la caractéristique qui sera aussi distinctive des communautés humaines, c'est-à-dire, le travail en commun.